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Mise en place du projet BadoBiDEM – Bases de données de la Bible dans l’Europe médiévale

Le projet a pour objectif de constituer avec une équipe européenne d’universitaires une base de données de lieux du patrimoine et de textes sources ou de textes cibles en Europe de la Bible historiale. Cette base de données sera rendue accessible à travers une double Interface de programmation (API) SPARKL/XQUERY spécifique dont une application sera une chrono-cartographie multilingue européenne interactive navigable en immersion totale qui servira de base pour un dépôt de demande de financement européen. Il y aura donc 3 livrables au projet en relation avec les Humanités Numériques :

  • une API dont une application sera la carte interactive navigable en immersion totale 3D.
  • un réseau de chercheurs espagnols, italiens, allemands, canadiens, américains, écossais et français regroupés autour d’une problématique de numérisation et de partage des connaissances.
  • une candidature pour un financement européen.

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PAROLES ET IMAGES SUR LE COMMENCEMENT Le discours des peintures de la Chapelle de Merléac

Nous souhaitions faire part de la parution de cet ouvrage collectif dont Jeanette Patterson et moi-même avons dirigé la rédaction, publié dans le cadre d’une collaboration entre la DRAC Bretagne et le lab’ TTN autour des lambris de la chapelle saint Jacques en Merléac, intitulé:
PAROLES ET IMAGES SUR LE COMMENCEMENT Le discours des peintures de la Chapelle de Merléac

paru aux éditions Paradigme. L’ouvrage contient les contributions des auteurs suivants:
Vladimir Agrigoraei, Chercheur au CNRSChristian Balliu, Professeur à l’Université Libre de BruxellesJean-Yves Carrez-Maratray, Professeur à Sorbonne Paris NordAurélia Chevalier, Restauratrice du PatrimoineJean-Olivier Gransard-Desmond, Président de l’association ArkéoTopiaLaurent Hablot, Professeur à l’École Pratique des hautes ÉtudesFabrice Issac, Maître HDR de l’Université Sorbonne Paris NordChristine Jablonski, Conservatrice du patrimoineJeanette Patterson, Assistant Professor à l’Université de BinghamtonXavier-Laurent Salvador, Maître HDR de l’Université Sorbonne Paris NordClive Sneddon, Professeur à l’Université de saint Andrews
Il peut être acheté en cliquant sur le lien ci-dessous (pour Noël).

La chapelle Saint-Jacques en Merléac a été construite au cours du XIVe siècle. Ses décors, vitraux, peintures murales et lambris racontent la vie du saint et celle de la Passion du Christ. Elle a bénéficié dès 1861 de restaurations suivies par le service des monuments historiques et fut classée sur la liste de 1862. Elle a, en fait, été dotée de somptueux décors par la famille des Rohan qui ont fait l’objet d’importants travaux de restauration.

Les inscriptions sur les lambris de Merléac constituent l’un des exemples les plus intéressants, sinon l’apogée d’une grande mouvance d’inscriptions illustrées où le rapport texte-image forme une esthétique cohérente. Le concepteur du décor de la chapelle bretonne suivait sans doute l’exemple illustre de la Sainte-Chapelle de Paris et de ses avatars artistiques, y compris dans le choix du texte. La comparaison avec plusieurs décorations du même type dans les milieux royaux d’Angleterre ou de Bohême, voire avec d’autres cas célèbres en France ou en Allemagne, permet de supposer que ce manuscrit-source pouvait être inspiré d’une Bible illustrée appartenant à la tradition des textes dérivés de la Bible historiale de Guyart des Moulins. 

Texte et image, enquête sur les sources philologiques, enjeux de patrimoine et d’invention, renouvellement grâce au numérique des questions de préservation et de diffusion des connaissance : la chapelle cristallise les enjeux de la modernité. Le regroupement des chercheurs venus du monde entier pour raviver l’enquête sur les discours des lambris de la chapelle en témoigne.

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Qu’est-ce que la Bible Historiale

Entre la parution de la Vulgate et le XIe siècle en France, la Bible est essentiellement lue en latin.

La Réforme de la Vulgate dans l’Empire franc est l’œuvre de Charlemagne et la papauté n’a eu qu’une influence mineure. Le siècle de Charlemagne est[1] celui de « l’affrontement et de la dispersion de deux types de manuscrits, ceux émanant d’Angleterre et ceux circulant depuis l’Espagne ». Deux hommes vont incarner cet antagonisme, Alcuin et Théodulfe. Le premier fait venir, en 796, de York, sa ville natale, la bibliothèque que lui a léguée son maître avec les meilleurs manuscrits de la Vulgate qu’il connaissait. Or ce dernier est l’héritier du travail déjà ancien entrepris auparavant en Angleterre sur la Bible où se développent précocement en Europe les premières traductions en langue vernaculaire du texte latin. La période carolingienne est donc, avec Alcuin et Théodulfe, la grande période charnière de redécouverte du texte avant la grande réforme franciscaine des textes latins. Il est même important de rappeler que l’Université, avant la réforme carolingienne ne connaissait le texte que de seconde main. Rappelons enfin que l’éradication des pratiques païennes dans les provinces bretonnes, par exemple, date du IXe siècle. Entre le XIe et XIIIe siècles, on raconte la Bible en français. C’est-à-dire qu’on écrit un roman en vers qui expose les faits des héros bibliques. Il s’agit de longs poèmes en vers qui racontent de manière subjective ces aventures. Les récits sont parfois elliptiques ou romancés pour en faciliter le souvenir : il s’agit en fait d’une catéchèse.

En même temps, on raconte aussi les histoires de la Bible en latin : c’est le texte de Comestor intitulé « L’Historia Scholastica ». Il s’agit d’un ouvrage rédigé à l’intention des moines itinérants en guise de pro memoria dans la perspective des disputes qu’ils auraient pu avoir à soutenir. Il s’agit de petits ouvrages qui traitent de la matière biblique en la divisant en chapitres clairement distingués. Pour chaque personnage, on trouve mention d’une citation de la Glossa Ordinaria ou d’un fait d’érudition.

Le texte latin de l’« Historia Scholastica » de Petrus Comestor, vade-mecum des moines itinérants, premier livre d’histoire de la main de Petrus Comestor (1179), s’est imposé pendant une courte période de l’histoire comme référence incontestable et unique encyclopédie à portée de main tant des étudiants que des moines prêcheurs ou des femmes que l’on peut, à la lumière des belles histoires racontées par Le Mangeur, qualifier de romanesques.

L’influence de Pierre Comestor sur la perception du texte au XIIIe siècle est fondamentale. Son ambition pédagogique trouvera son aboutissement dans deux ouvrages qui vont révolutionner la pensée occidentale, l’Histoire générale d’Alphonse X et la Bible historiale de Guyart des Moulins. Cette dernière servira de base à plus d’une traduction moderne à commencer par celle tant reconnue de Jean de Rély, ce dernier s’étant simplement contenté d’y plaquer la division en versets. Jusqu’au XIIIe siècle, la Bible n’était qu’une collection de livres traduits rangés dans un ordre variable (Samuel Berger a recensé deux cents dispositions différentes). La Bible historiale se lit en chapitres avec, en tête, des rubriques ou des sommaires qui en résument le contenu, conformément à l’usage grec.

Le fait que l’on ait autant besoin de raconter suffit à prouver que les érudits de l’Université ne connaissaient pas bien le texte de la Bible et qu’ils avaient besoin d’acheter des copies en français pour leur permettre de travailler leurs références.

La Bible en prose au Moyen Âge commence avec une première Bible, la « Bible de l’Université » plus pompeusement connue sous le nom de « Bible du treizième siècle ». Il s’agit d’un texte publié sous le règne de saint Louis (ca. 1250) et dont il n’existe que quelques manuscrits du Livre de la Genèse dont on sait depuis les études de Samuel Berger à la fin du XIXe siècle qu’ils ont servi à compléter des exemplaires incomplets de la Bible historiale de Guyart des Moulins avec qui les lecteurs la confondaient. L’histoire de la traduction moderne en prose à l’image de ce que nous connaissons aujourd’hui commence donc à la fin du XIIIe siècle avec la Bible historiale de Guyart des Moulins. A qui demanderait « quelle Bible lisait-on en français au Moyen Âge ? », il faudrait répondre en synthèse :

– que si l’idée est communément répandue que le Moyen Âge est un temps « très chrétien », on a trop souvent tendance à reporter au temps de la Réforme la naissance d’un véritable travail d’édition de la Bible en ramenant toute tentative antérieure au prototype de l’hérétique ou du clerc isolé. Pourtant, à côté des Bibles hérétiques comme « La Noble Leçon » des Vaudois, ont existé des Bibles « universitaires » qui ont abondamment circulé dans le milieu des clercs de l’Université parisienne et des Écoles entre 1250 et 1450. Il s’agit de la Bible dite « de saint Louis » ou « de l’Université » ou encore « du treizième siècle » et de la Bible historiale de Guyart des Moulins.

– qu’il n’y a qu’une et une seule Bible française, la Bible historiale de Guyart des Moulins publiée à la fin du XIIIe siècle (n’ayant à ce jour fait l’objet d’aucun travail d’édition, et inaccessible à la communauté des chercheurs).

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Archéologie et Étymologies sémantiques dans la Bible Historiale

L’édition du Livre de l’Exode de la Bible Historiale est consultable dans l’ouvrage de Xavier-Laurent Salvador, Archéologie et étymologie sémantiques, 2017. « Le lecteur médiéval trouvait dans la bible historiale tous les savoirs encyclopédiques de son temps. Ce qu’il fallait savoir sur les animaux, les plantes, le calendrier, les vies de Patriarches; la vie d’Alexandre le Grand, le récit des arbres de la lune et du soleil qui prédisent l’avenir, les traductions des Histoires Naturelles de Pline et plusieurs versions des livres des prophètes. Après avoir examiné la définition de l’histoire mise en scène par Guyart des Moulins et posé la question de savoir si l’histoire est une science au Moyen Âge, le présent ouvrage cerne les enjeux traductologiques de la Bible Historiale en analysant les lieux linguistiques du mystère et de la révélation à travers l’établissement du livre de L’Exode en particulier dont cet ouvrage présente l’unique édition intégrale accessible en ancien français. »

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